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20/12/2009

Les doutes de Ramsay (1)

 braquage

 

 

        Après le braquage de la banque Ramsay fut emmené dans une camionnette blanche. Un des truands lui banda les yeux avec une écharpe en laine en lui disant : si tu tentes quoi que ce soit on te bute !

        Ramsay frissonna et pensa que de toute façon ils allaient le tuer parce qu’il avait vu leurs visages. Mais ils ne pouvaient pas le faire ici, pas en pleine ville, il était préférable pour accomplir cette tâche de s’éloigner, d’aller dans un terrain vague, là où personne n’allait jamais et dieu sait si Millmerran en contenait des terrains vagues, à perte de vue.

        La camionnette démarra lentement. Ramsay fit discrètement jouer les muscles de son visage et sentit l’écharpe remonter vers ses cheveux. Il pouvait maintenant voir un peu de lumière. Encore quelques mouvements discrets et il pourrait se repérer.

        Un des braqueurs était assis sur le siège arrière près de Ramsay. Il vit qu’il tenait une arme posée sur ses genoux.

        Ramsay se dit qu’il devait tenter quelque chose. Il n’allait pas se laisser conduire à l’extérieur de la ville pour se faire abattre comme un vulgaire porc. Ramsay frissonna une nouvelle fois.

-      Qu’est-ce que vous allez faire de moi ? demanda-t-il.

-      On te relâchera si tu restes bien sage.

        Ramsay n’en croyait pas un mot. Il avait vu la détermination et la haine dans les yeux de ces hommes. Des chacals. Rien qui ne pouvait les émouvoir. De vrais paumés des environs de Millmerran. Une race que la police laissait pulluler par manque de moyens. Ils volaient et tuaient pour survivre, comme dans le Bush. Ramsay dit :

-      Ne me faites pas de mal. J’ai des enfants . . .

        Le truand lui fila un coup de coude dans les côtes.

-      Ta gueule !

        « Quand je pense que ce matin encore je m’étais promis d’accompagner Claire pour les achats de Noël. Pour la toute première fois en douze ans de mariage ! »

        Ramsay eut la nausée.

-      Hé ! T’avise pas de salir la moquette !

        Ramsay se recroquevilla contre la vitre de la camionnette. Il vit le visage de Claire et s’y accrocha comme à un souvenir qu’il lui faudrait bientôt cultiver assit à la droite de Saint-Pierre.

        Les truands ne parlaient pas.

 

 

            Patrick Ringal

 

 

24/02/2008

Pas du tout à ma place ! (7 et fin)

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         C’était fini ! Je ne voyais rien mais j’entendais distinctement des bruits de pattes, des grognements, le souffle du gouffre, des claquements de dents (heu non, ça c’étaient les miennes), des branches broyées, des champignons à peine sortis de terre avalés d’un coup de glotte, .... La nuit, tout est sinistre, jusqu’aux battements de mon cœur, boum, boum, boum, qui tonne comme un tambour tribal annonçant que je vais bientôt être sacrifié.

         C’était la fin. Comment pouvais-je me défendre ? Je n’avais pas d’armes, même pas un bâton pour donner la baston aux envahisseurs, même pas de courage ! 

         Ah, si Bob Morane était là !

         Et puis, lentement, je me suis calmé (que pouvais-je faire d’autre). J’ai ralenti ma respiration pour permettre à la raison de refaire surface. 

         Les bruits se sont atténués.

         Ma résistance au froid aussi. Je me suis dit que je devais bouger. Je tremblais, comme un chien qu’on passe à la douche. 

         Je me suis forcé à me lever. J’ai commencé de petits exercices : tourner les bras, relever une jambe après l’autre, me plier en deux, faire quelques pompes. J’ai recréé ma salle de fitness dans ma chambre balayée par le froid.

         Ma chaleur est revenue. Faisons ça toutes les heures. 

         J’avais soif et faim. Ici, pas moyen de se faire livrer une pizza quatre fromages avec un bon coca ou de la crème de whisky, oui de la crème de whisky serait mieux pour me réchauffer !

         Se dire que je n’étais qu’à quelques kilomètres de la vie surchauffée des villes et que je moisissais dans un sous-bois ne me faisait pas sourire. Et encore moins l’idée que des centaines de satellites tournaient au-dessus de ma tête pour découvrir les richesses de notre planète. J’aurais mieux fait de connaître ma planète immédiate et d’emporter un plan. Qu’est-ce qui m’a pris, Yoda, de m’aventurer dans ce monde inconnu ! 

         Le temps passait. Je faisais mes exercices. Le temps s’arrêtait. Je réfléchissais à ma solitude d’homme divorcé. Il vaut mieux ne pas être divorcé quand on part seul en forêt, parce qu’alors votre femme s’inquiètera de votre absence et préviendra les autorités !

         Un nouveau craquement de branche. J’ai relevé ma tête de hibou. J’ai scruté. Le bruit arrivait de la gauche. Calme, calme ! L’animal s’est approché. J’entendais son souffle puissant. Encore un ou deux mètres et il serait tout près de moi. 

         Le cerf est apparu. Majestueux et puissant. Il portait fièrement ses bois. Je ne faisais plus le moindre mouvement. Il a penché la tête vers moi et sans crainte m’a donné son haleine chaude. Nous nous regardions comme deux bêtes sauvages et nous n’étions pas ennemis. Mon dieu, qu’est-ce qu’il était grand et calme !

         Alors, incroyable, j’ai lentement approché ma main de son museau et il s’est laissé caresser ! 

         Le cerf m’a dit : ne crains rien, le jour va bientôt se lever, tu retrouveras ton chemin, tu as une bonne âme et ici, seules les âmes mauvaises se perdent à jamais.

         Puis, il s’est éloigné et a disparu...

         Je suis certain que ce n’était pas un rêve et pourtant je m’en souviens comme si je l’avais rêvé.

 

 

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         Je me suis mis à pleurer. 

         (Je conviens que ceci est pour le moins romantique, épique et enfantin, mais je jure que c’est ce qui m’est arrivé et que ce fut sans doute le moment le plus magique de ma vie !)

         Et le jour s’est levé ! 

         J’ai quitté ma chambre sans fenêtres. Je me suis retourné une dernière fois avant de m’éloigner et je lui ai dit au revoir, avec une pointe de regret ! J’avais appris tellement de choses en une nuit. Peut-être que j’avais touché, pour la seule et unique fois de ma vie, l’autre moi. Je savais que je le laissais dans la chambre sans fenêtres et que je ne le reverrais sans doute jamais, mais il m’avait débarrassé, pour un temps très court, de toutes les conneries du monde et surtout de mon monde. Je repartais avec cette certitude ; seul celui qui veut mourir se laisse mourir. La vie est belle, même quand on barbote dans la gadoue. Cette nuit m’avait appris que celui qui peut être seul sans peur est maître de son destin...

         J’ai retrouvé ma voiture au bout d’une heure de marche. 

         J’ai rallumé mon portable. Pas de messages. J’ai appelé ma vieille maman et je lui ai dit que tout allait bien.

         - Comment ça ? Je sais que tout va bien. Tu as vu l’heure qu’il est ! 

         - Mais maman, je me suis perdu en forêt et je viens seulement de retrouver mon chemin. J’ai failli mourir, tu sais ça !

         - Mon grand, tu as trop d’imagination ! Si tu allais te recoucher. Ce n’est pas une heure pour appeler les gens. J’espère que tu n’as pas dérangé d’autres personnes... 

         - D’accord maman. Je m’excuse. Allez, bonne journée.

         - Oui, merci, et essaye de boire un peu moins ! 

         Ma vieille mère a raccroché.

         Je me suis demandé pendant une seconde (moi qui n’avais jamais bu une goutte d’alcool), si je n’allais pas retourner dans ma chambre sans fenêtres. 

         Et puis ; bah ! de toute façon je ne retrouverais pas le chemin !

         J’ai allumé le moteur et j’ai repris le chemin de ma planète à moi.

 

            Patrick Ringal

    cequejevois@hotmail.com

  

16/02/2008

Pas du tout à ma place ! 6

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         Et la nuit monta entre les arbres. Le ciel était encore bleu profond, avec une large bande orangée à l’horizon (pour ce que j’en voyais), mais les ombres s’étaient accouplées avec le brouillard et le paysage était devenu menaçant et sinistre. 

         J’avais pris mon parti de passer la nuit dans la forêt. Je n’avais pas construit d’abri, mais j’avais essayé (soulève la première pierre et tu déplaceras la montagne). Alors, j’ai rassemblé des branches que j’avais tant bien que mal arrachées aux épineux en les tournant sur elles-mêmes et je m’étais confectionné une sorte de matelas pour me protéger de l’humidité. J’ai calé le tout entre trois troncs – ce qui me donnais l’impression d’être entouré de parois, comme dans une chambre ; ouais, chambre avec fenêtres ouvertes – et je me suis assis.

         J’avais encore chaud (plus trop à vrai dire). Je me suis recroquevillé en chien de fusil, serrant mes jambes entre mes bras, pour garder la chaleur. Mon petit sac avec ses deux bouteilles vides était posé à côté de moi. 

         L’obscurité et le brouillard m’enveloppaient. Le silence était oppressant. Tous les oiseaux avaient filés vers les pays chauds et les mers tropicales !

         Dieu, fait que je passe cette nuit sans mourir. Dieu, fait que je traverse cette épreuve, ou le fleuve, c’est comme tu veux, et que je sorte vainqueur de la nuit. J’ai toujours eu peur de la nuit. Encore aujourd’hui, quand je lis un polar ou que je regarde un film avec un assassin sournois qui entre pour étrangler ses victimes, que je fais ça le soir, je n’arrive plus à dormir. Dieu, j’entends des bruits. Je vois des ombres. Un homme masqué, avec deux yeux rouges et meurtriers, se penche sur mon lit. Je suis couché – déjà dans la position du mort ! Je rallume la lumière. Le soir, il vaut mieux regarder ou lire une belle histoire d’amour. Dieu, je ne peux pas rallumer la lumière ici, alors fait que les démons de la nuit ne se penchent pas sur ma couche.

 

 

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         Je regardais tout autour de moi. Je tournais la tête comme un hibou. Qu’est-ce que j’espérais ? Voir arriver le traineau du Père Noël ? Ou mes scouts, pour un camp de nuit ? 

         Depuis combien de temps étais-je assis ? Le temps se ralentit la nuit. Je suis sûr que ça ne faisait que vingt minutes tout au plus. (Je n’avais pas de montre, puisqu’elle était sur mon portable...) Le froid commençait à entrer en moi. Il trouve toujours un moyen de se glisser sous les vêtements. Je portais un gros pull et une veste bien épaisse, mais ce serpent de froid n’en avait que foutre ! Il connaissait les failles. Il savait où se glisser pour atteindre le cœur, pour enserrer la pompe à sang et la forcer à déployer toute son énergie pour lutter contre lui.

         (La nuit m’apportait des images étranges.)

         Tout à coup, j’ai entendu un bruit. Un craquement de branche... !

 

 

 

 

           Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

13/02/2008

Pas du tout à ma place! 5

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         Et donc, j’ai marché tout droit. Enfin, j’essayais de marcher en ligne droite, mais en pleine forêt il n’y a plus de ligne droite, ou bien, on pourrait dire que les seules lignes droites qui existent sont les troncs des arbres. Il fallait ruser avec le sentiment de marcher droit. Le moindre déplacement pouvait me faire contourner un arbre, un tapis de ronces, un buisson et voilà que je prenais une autre direction. Le soleil accélérait sa course. Je pouvais maintenant voir aux travers des épineux qu’il se rapprochait dangereusement de la ligne d’horizon. 

         Je commençais vraiment à sentir la fatigue. Je perdais des forces. Je devais m’arrêter plus souvent. Je dirais, au jugé, que je marchais depuis cinq heures... Et aux jurés, je dirais que j’étais coupable pour qu’ils me jettent en prison, avec une bonne paillasse et une soupe fumante !

         Encore une fois, je fus saisi par la désagréable impression que je n’étais qu’un imbécile de première catégorie ! Je ne rigolais plus. Je m’en voulais d’avoir appuyé sur la touche : je suis un aventurier ! sans prendre la moindre précaution. 

         Mais aussi, comment aurais-je pu deviner qu’on pouvait se perdre dans une forêt en Belgique !

         Je criais toutes les dix minutes : 

         - Holà !

         Ensuite, je reprenais mon souffle. Il serait plus juste de dire que j’allais chercher dans le calcaire asséché de mes poumons un peu d’oxygène. J’avais chaud. Tant mieux ! Il fallait en profiter. Il fallait emmagasiner des calories. 

         Je m’octroyais une gorgée d’eau de temps en temps.

         Je commençais à croire que j’allais devoir passer la nuit ici... 

         Et je peux vous dire que ça me mettait en transe. Je peux vous dire que j’ai pleuré, tellement j’avais peur. Je peux vous dire que mes jambes me lâchaient à intervalles réguliers quand j’y pensais.

         Le soleil venait de se coucher. Je mourrais de faim. J’avais avalé ma dernière tranche de pain sec une heure auparavant, ainsi que les cacahuètes. Me restait que quelques gorgées d’eau. 

         Putain ! J’étais dans Koh lanta !

         Les nappes de brouillard sont arrivées. Elles glissaient le long du sol couvert d’épines humides. Elles enroulaient les troncs, comme le ferait un boa en fourrure d’hermine. Je n’aimais pas ce brouillard. Il ne présageait rien de bon, et surtout pas l’espoir de retrouver mon chemin. J’allais entrer, dans peu de temps, dans une autre dimension. 

         Qu’aurait fait Bob Morane à ma place ? Il se serait construit un abri pour la nuit. Oui, mais avec quoi ? Je n’avais rien pris. Pas même un petit couteau (comme tout bon aventurier l’aurait fait) ! Et bien lui aurait construit son abri avec ses dents !

         - Je n’ai que des plombages ! Ils vont tous sautés ! 

         Voilà que je parlais tout seul... Et la nuit qui approchait !

         - Holà ! Holà !

         Peine perdue.

 

 

 

 

           Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

09/02/2008

Pas du tout à ma place ! 4

 

 

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        « Est-ce que c’était une bonne idée de laisser ton portable dans la voiture ? Et quoi ? J’allais peut-être appeler les gendarmes ou les pompiers ! – Allô ! Ici c’est moi. Je suis perdu en pleine forêt. Où ? Ben, au milieu des arbres tiens ! Non, je n’ai pas de plan. Oui, je sais que ce n’était pas une bonne idée de partir sans plan. Venez me chercher... Deuxième sentier à droite je suppose ! » 

         Ridicule. Il fallait que je réfléchisse. Le soleil baissait, mais j’avais de la marge avant la nuit. Je n’envisageais pas un seul instant de passer une nuit à la belle étoile, dans le froid, ou à la belle brume (parce que la brume allait revenir, comme une nappe menaçante, elle allait tout recouvrir). Pour le coup, ce serait tout à fait impossible de retrouver son chemin. Je m’étais perdu dans une forêt, pas dans les nuages !

         Il me restait une bouteille d’eau, trois tranches de pain sec, et, disons, quarante deux cacahuètes ! Economisons, économisons... 

         Voyons, on m’avait toujours dit que la mousse envahissait le tronc des arbres du côté nord. Il suffisait de marcher dans le sens de la mousse. Ah, si je pouvais entendre une autoroute ! Même une nationale... Et pourquoi pas des randonneurs du jeudi ! Ou des joyeux scouts en quête de leur idéal ! Mais tous les scouts étaient à l’école aujourd’hui ; bien au chaud dans une classe, avec un maître pour leur montrer le chemin !

         Pas de mousse ! J’ai tourné autour de quelques troncs, pas de mousse ! Bordel ! Qui m’a raconté cette histoire de survie à dormir debout ? Bob Morane ? Dirk Frimout ? J’étais dans une forêt réelle. Pas une forêt de papier. Une vraie forêt remplie d’arbres sans mousse ! 

         - Au secours !

         Il fallait crier à intervalle régulier pour attirer l’attention d’un promeneur. Qui savait ? La chance était peut-être avec moi... excepté pour la mousse ! 

         - Au secours !

         Non, au secours n’était pas le bon mot. Un peu con pour un aventurier comme moi, perdu depuis trente minutes ! 

         - Votre aide s’il vous plaît !

         Encore plus con, et trop long. 

         - Hallali ! Hallali !

         Non, ça allait attirer les sangliers carnivores ! 

         - Pitié !

         Trop désespéré... 

         - Y a quelqu’un ?

         Trop mondain ! Vous n’auriez pas encore un petit fourré ? (Pas penser aux petits fourrés, ça me donnait faim...) 

         - Holà !

         Pas mal. 

         - Holà !

         Oui ça sonnait bien. Allez, en route. Il fallait marcher tout droit sur cette terre toute ronde.

 

 

 

 

            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

07/02/2008

Pas du tout à ma place! 3

 

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         J’étais content. J’avais accompli la moitié de mon périple. Il était temps de rentrer. Je me suis arrêté. Je voulais écouter le monde de la grande forêt sauvage. J’étais surpris de n’avoir croisé aucun animal. Même pas un écureuil. (Il y avait des oiseaux, ça oui, comme dans les villes, mais des sangliers ou des cerfs ? Vous en avez déjà vu dans les parcs du centre ? Au fait, quel est le prix de la viande de sanglier au kilo ?) 

         Peut-être que je faisais trop de bruit en marchant ?

         Je suis resté sur place, immobile, respirant doucement. Non. Rien. Même pas un craquement de branche. Je me demandais quelle serait ma tête si une harde de sangliers apparaissait, bille en tête et naseaux fumants ! Il suffirait de grimper aux arbres. Bref ! 

         Allez ! Demi-tour.

         Voyons, je suis arrivé par ce chemin, reprenons-le. 

         J’ai marché dans mes propres traces. Comme un aborigène. Je suivais ma piste avec une certaine jubilation. Je reconnaissais tout ce qui m’entourait, quoi que dans l’autre sens.

         Une nouvelle heure de marche. Maintenant, je ne reconnaissais plus rien ! 

         Je commençais à sentir la fatigue. J’avais mal aux jambes et aux pieds. Demi-bouteille d’eau et quelques cacahuètes. Mon petit sac s’allégeait et mes provisions avec. L’avantage était qu’ici je ne sentais plus baisser mon pouvoir d’achat, en revanche, je sentais mon pouvoir de marche baisser ! Et à tout berzingue !

         Tournons ici. Toujours des arbres. Il n’y a rien qui ressemble plus à un arbre qu’un autre arbre dans la même forêt. Peut-être que je n’aurais pas du m’enfoncer autant en territoire ennemi ? Je commençais à sentir monter une certaine angoisse, comme une poussée de sève. Elle atteignait déjà mon cerveau, le houppier, ma cervelle de piaf. 

         Pas de panique ! La peur est mauvaise conseillère. Réfléchissons et mangeons une tranche de pain sec. Il ne fallait surtout pas perdre des forces. J’ai tout observé autour de moi. J’ai regardé le soleil. Il était derrière moi, donc je remontais vers le nord.

         « Ouais, mais le soleil tourne autour de la terre, non ? Ou bien c’est l’inverse ? (Voilà que je commençais à perdre la raison.) Donc, si le soleil bouge, il ne m’est d’aucun secours. Si ça se trouve, je suis en train de m’éloigner. Nom de dieu ! Quel bordel ! Que d’arbres ! Où c’est qu’elle est la déforestation ! Qu’on ne vienne plus me dire que des terrains de football de forêt disparaissent chaque minute ! Je hais la nature ! Où sont les autoroutes ? Je n’entends plus que les battements de mon cœur. Construisons des routes et encore des routes ! J’aime le bruit des voitures ! Vive la pollution ! » 

         Je devais me rendre à l’évidence ... J’étais perdu...

         Et d’un coup, d’un seul, la panique a fauché mon courage. J’ai hurlé : 

         - A l’aide ! Au secours ! Y a quelqu’un ? SOS point com ! Venez me chercher ! MAMAN !

         En m’égosillant de la sorte, j’avais la gueule d’un cerf qui brame ! Voilà, j’étais retourné à l’état sauvage...

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            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

06/02/2008

Pas du tout à ma place! 2

 

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         J’ai pris le premier sentier sur ma droite. Allons-y ! Enfonçons-nous dans l’inconnu ! Il y avait une légère brume au ras du sol. Un filet de brouillard. Une nappe d’ouate, et j’avais envie de mordre dedans. Un écran qui m’empêchait de voir le sol. Je me serais cru dans un autre monde. Est-ce que j’allais voir apparaître une créature du tertiaire ? – Qu’est-ce que tu peux avoir comme imagination ! Tiens, à ce propos, as-tu bien fait de laisser ton portable dans la voiture ? On ne sait jamais ? Il pourrait t’arriver n’importe quoi. Comment feras-tu pour prévenir tes proches ? Si tu tombais dans un ravin, par exemple, ou si tu étais enlevé par des trafiquants d’ivoire ? Imbécile ! Il n’y a pas d’éléphants en Europe ! Oui, oui ! et ceux échappés d’un laboratoire d’expérimentation ? 

         J’ai décidé d’arrêter mes pensées. Je les ai chassées. Je les ai écrasées du talon, sproutch, comme une blatte !

         J’avais décidé de ne rien prendre avec moi qui me rappelle le monde civilisé. Pas de portable, pas de carte, pas d’ordinateur, pas de GPS, pas de fusée éclairante. Je voulais être au plus proche de la nature. Et puis, qui peut se perdre dans une forêt en Belgique ? C’est vrai quoi, il y a toujours une autoroute quelque part. Suffit de marcher tout droit. J’ai souris. Que ne passes-tu pas ton temps à écrire des romans ! (En voilà une jolie phrase...) 

         J’ai marché ainsi pendant une bonne heure. C’était la première fois depuis longtemps que je n’entendais que le bruit du vent dans les branches, le bruit de mes pas et surtout celui de ma respiration. Je me suis arrêté près d’une vieille souche. Pause. Reprenons des forces. J’ai bu une demi-bouteille d’eau. Ensuite, une banane et quelques cacahuètes. Les aventuriers savent qu’il faut garder un esprit vigilant et un corps en alerte ! J’avais chaud. J’ai ouvert ma veste. Je sentais mes muscles et surtout mes chevilles qui me faisaient un peu mal. Mais bon, fallait pas se plaindre. Avoir un peu mal signifie qu’on progresse et que le corps travaille. Pas vrai ?

         J’ai repris ma promenade. Le soleil, même discret, m’indiquait la direction du sud. Dans une demi-heure, je comptais faire demi-tour. Aaah, le sud ! Je marchais vers le Sahara !

 

 

 

 

            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

05/02/2008

Pas du tout à ma place !

 

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          J’ai garé ma voiture dans un petit parking qui ne payait pas de mine, mais qui avait des poubelles. J’étais content. Deux jours de congé. Je pouvais donc me permettre d’aller me promener en forêt en cette belle matinée froide. J’ai éteint le moteur. J’ai chaussé des chaussures de marche (que je n’utilisais que très rarement ; ce qui expliquait leur apparence neuve – Tu ferais mieux de marcher plus souvent ! Tu aurais moins mal au dos ! –

         Je voulais marcher quelques heures en forêt, histoire de dire que je faisais du sport. J’avais entendu dire que la marche profitait à tout le corps, comme la nage ; sans dommage pour les articulations, sans choquer le cœur, bol d’air pour les poumons, presque du yoga en somme ! Mieux que la nage puisque qu’il n’y a pas de chlore ! 

         Je m’étais préparé un petit sac à dos, oui, vraiment petit, juste de quoi mettre deux bouteilles d’eau, une banane, quelques tranches de pain sec et des cacahuètes grillées.

         J’ai pris le petit sentier qui partait tout droit. Je me suis retourné pour bien visualiser le parking et les alentours. De quoi rire. Il n’y avait que des arbres et encore des arbres. 

         Aaaah ! Comme l’air était pur ! J’ai écarté les bras. J’ai fait des mouvements d’assouplissement. Un vrai de vrai sportif. J’ai chanté à voix haute, sans mélodie : T’es un vrai marcheur de fond ! Qui prend les choses à fond ! Ta ta ta ta ta ...

         J’étais heureux, oh oui ! Ca valait le coup d’avoir fait tous ces kilomètres pour se retrouver au cœur même de mère nature ! Nature sauvage ! Je suis prêt à t’accepter. Je courbe l’échine. C’est toi la maîtresse ! Encore une fois, merci la terre de nous offrir un si beau spectacle... Des arbres, des troncs, des épines, des fougères, de la mousse, de la boue... Oh ! Une canette ! 

         J’ai marché tout droit. Je me retournais de temps en temps et, brusquement, je n’ai plus vu ma voiture.

          - Voilà ! Maintenant, t’es livré à toi même. Il n’y a plus de civilisation !

         C’est avec un petit pincement au cœur que j’ai continué. Mais bon, quand on est aventurier, faut faire face aux tourments de la solitude !

          (Suite demain)

 

 

 

 

            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com