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05/08/2008

Ingrid Soubirous

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   - Et bien monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe, c’est que nous avons bon appétit ce matin ! Comme le dit ma sœur ; celui qui mange à sa faim ne fera pas de mal à son prochain ! 

         - Ma bonne Gisèle, savez-vous combien d’offices m’attendent aujourd’hui ?

         - Si j’ai bonne mémoire, quatre ? 

         - Oui quatre ! Voilà pourquoi je remplis ma panse. Deux messes, un mariage et un baptême ; autant dire que c’est une étape de montagne...

         - Ah ça, Dieu ne nourrit pas son homme, comme le dit ma sœur ! 

         - Votre sœur est une impertinente personne ! Elle vit dans l’immoralité et le péché...

         - Vous voulez dire qu’elle est homosexuelle et que ça ne plaît pas à votre Benoit 16 ! (Et Gisèle de murmurer entre ses dents : ce Rat d’hiver !) 

         - Ni à moi d’ailleurs ! Voulez-vous bien me laisser manger !

         - Bien, bien, mais dites-moi, avant de vous laisser méditer sur la pauvreté des mœurs de ma sœur, écoutez-vous de temps à autre ce qui se passe dans le monde ? Non mais ! Par exemple, que pensez-vous des sans papiers qui se hissent tout en haut des grues et menacent de sauter si on ne leur donne pas le droit d’asile ? 

         - Heu ... Je pense qu’ils feraient mieux de réfléchir parce que la vie est un cadeau que Dieu nous a fait. Il faut respecter les cadeaux...

         - Même dans une prison ? 

         - On sort toujours de prison.

         - Pas des prisons iraniennes ! 

         - Oh ma bonne Gisèle, je ne sais même plus où est l’Iran !

         - Et que pensez-vous de la nouvelle foi d’Ingrid Betancourt ? 

         - Qui ? Ingrid Soubirous ?

         - Oui si on veut, Ingrid Soubirous, ça lui va bien. Je reconnais que sa foi l’a sauvée, mais je dois dire qu’elle nous joue la madone avec ses airs de sainte et ses yeux qui brillent comme une bougie sur un autel. Elle est revenue de l’enfer ! Ce n’est pas Dieu qui est allé la chercher dans la jungle que je sache ! 

         - Ma foi, si sa foi peut convaincre d’autres infidèles de revenir vers notre belle église, ce n’est pas plus mal. J’ai cru remarquer que depuis quelques temps les rangées de notre paroisse sont assez clairsemées... Ingrid Soubirous est une bonne pub, comme on dit, pour les catholiques !

         Gisèle préféra se taire et vaquer à ses occupations. C’est qu’elle avait une furieuse envie de jeter à la figure de son curé d’Amboise sur Alèthe de l’eau qui purifie !

 

 

 

 

 

           Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

05/06/2008

Gisèle et le suicide

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          Comme le dit Paul Galand : un crocodile n’est pas fait pour terminer sa vie en manteau sur les épaules d’un mannequin anorexique ! 

         Et bien moi je dis que les enfants de 22 et 24 ans ne sont pas faits pour aller se suicider dans les bois loin de chez eux ! Vous me comprenez monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe ?

         Monsieur le curé boit son café et lit le journal. Il relève la tête et dit : 

         - Gisèle, à 22 et 24 ans on n’est plus un enfant ! Ces grands là savent ce qu’ils veulent...

         - Mais je vous parle de suicide ! 

         - Miséricorde...

         Monsieur le curé fait le signe de croix à la va-vite. 

         - Vous pensez que ces jeunes s’amusent ? Vous pensez qu’ils veulent se suicider par jeu ?

         - Ma bonne amie, qui sont ces jeunes dont vous me parlez ? 

         - Vous n’avez pas entendu parler de ces trois enfants de 22, 22 et 24 ans qui sont allés dans les bois, qui ont fermé les vitres de leur voiture et qui ont branché un tuyau avec le pot d’échappement ?

         - Non, mais je trouve que leur acte est infantile... 

         - C’est bien ce que je vous dis ! Ce sont des enfants !

         - Mon dieu ! Sont-ils morts ? 

         - Non, mais ce n’est pas votre dieu qui les a sauvés. Un bûcheron (avec son cheval ardennais) passait par là et il a trouvé ces pauvres âmes un demi-pied dans la tombe...

         - Dans quel monde vivons-nous... C’est certainement le cheval ardennais qui a conduit cet homme... 

         Monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe reste un moment pensif, puis dit :

         - Le cheval ardennais... Quelle belle bête ! Calme, puissant, une force tranquille, une crinière aussi belle que les cheveux du Christ, une « paisibilité », une bonne humeur, aaaah les cheveux, heu, les chevaux ardennais ! Il faudrait que chaque village en possède un et tout irait mieux. Je vais vous dire une chose ma bonne amie : les animaux nous montrent les portes de la vie. Ils n’abandonnent jamais. Ce n’est pas comme vos enfants ! 

         - Ouais (veuillez excuser mon langage de si bon matin) mais vous pourriez faire une prière pour qu’ils ne recommencent plus, et tant qu’à faire, faites-en aussi une pour les pêcheurs qui ne gagnent plus leur vie... au lieu de débiter (pardon) des conneries sur les bienfaits des animaux et patati et patata... !

         - Je vais essayer. Mais vous savez que j’ai déjà tellement de prières à faire ce matin et que je ne sais pas où mettre celle pour ces jeunes désœuvrés, ce bûcheron, les pécheurs ! Ah, ben j’y pense, je dois également prier pour madame Tussard... Elle a une dent qui gigote et elle aimerait qu’elle tienne jusqu’à la fête du cochon. Bien, je vais essayer. Je prierai également pour le cheval ardennais qui a retiré de la détresse ces trois enfants...

         Sur ces bonnes paroles, le curé d’Amboise sur Alèthe termine sa tasse de café.

 

 

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           Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

20/03/2008

Gisèle se confesse

        

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          Je ne vous l’ai jamais dit, mais il y a un pub Irlandais à Amboise sur Alèthe, et j’aime m’y rendre le vendredi après le marché. Je sais que ce n’est pas de bonne tenue. Je m’y rends pour boire une pinte de Guinness. Une seule. Je peux vous dire que cette pinte est suffisante pour me mettre de bonne humeur toute la journée. Oh que oui ! Je ne l’ai jamais avoué à monsieur le curé. (Bien que je le soupçonne de boire beaucoup plus que son vin de messe ! Il y a une cave en-dessous de la cure. Monsieur le curé dit que cette cave est un don de Dieu et que de temps à autre il aime aller s’y recueillir...) Une bonne pinte de Guinness et le monde prend des allures, comment dirais-je, des allures de jour de noces. 

         Je retrouve bon nombre de nos paroissiens au pub Irlandais (le St-Patrick). Les habitants d’Amboise, comme beaucoup d’autres qui fréquentent les marchés, aiment profiter de cette sortie, de cette occasion, pour aller s’en jeter un petit.

         Monsieur le curé n’aime pas les pubs. 

         Il aime sa cave et son missel.

         Il dit que le chemin vers Dieu est plus facile après le vin de messe. 

         Il y a un écrivain au St-Patrick. Il vient tous les jours. Il s’assoit toujours à la même table. Il commande un café serré et écrit dans son petit carnet.

         - Excusez-moi de vous déranger monsieur l’écrivain, mais je vous vois écrire et je me demandais si vous écriviez un roman ? 

         Il a levé la tête, m’a observé et a dit :

         - Si on veut... 

         - Vous n’avez pas l’air heureux ?

         - Comment le serais-je ! Je viens d’écrire de la merde ! Vous savez ce que c’est d’écrire de la merde, excusez-moi, c’est écrire des choses qui sentent mauvais, c’est écrire pour ne rien dire. Il y a des jours sans loi. Je ne suis pas content. Maintenant, je vais rentrer chez moi et regarder la télé en me disant que je ne vaux rien. 

         - Mais ne dites pas ça ! Demain sera plus beau !

         (Je me rendais bien compte que ce que je disais était stupide.) 

         - Merci, qu’il a dit, mais vous ne comprenez pas.

         - Si. Je crois que je comprends qu’un écrivain souffre comme nous. C’est bien d’avoir des doutes... Non ? 

         - Je ne vis que de doutes.

         Il a levé la main. Le garçon (fils d’Irlandais) est venu et a demandé : 

         - Encore un café ?

         - Non, une Guinness... 

         - Hou la ! Ca ne va pas ce matin !

         - Non. 

         L’écrivain a baissé la tête.

         J’ai entendu le clocher sonner midi. 

         - Mon Dieu ! Il faut que je vous laisse ! Sinon, monsieur le curé n’aura pas son filet de cabillaud !

         Je suis partie.

         L’écrivain semblait perdu.

 

 

 

 

            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

28/12/2007

Le goût de Gisèle

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         Gisèle tournait en rond dans la cuisine. Elle tournait autour de la table. Elle tournait autour de monsieur le curé qui boudait. 

         - Vous allez tout de même me faire le plaisir de goûter ce Camembert au lait cru !

         - Il est trop fort et trop cher ! 

         - Mais justement, il a du goût, il a du caractère ! Trop cher, bon, je reconnais qu’il n’y a pas beaucoup de paroissiens en ce moment, et encore moins de paroissiens qui donnent de l’argent (je crois qu’ils mettent leur argent de côté pour se payer un bon restaurant le soir du réveillon), mais un Camembert au lait cru n’a pas de prix !

         - Je préfère celui du Carrefour ! 

         - Misère de tous les saints ! Vaut mieux entendre ça que de perdre la foi !

         - Vous doutez Gisèle ... 

         Et monsieur le curé fusilla sa dame de compagnie du regard.

         - Je ne doute pas de Dieu (quoi qu’il se fasse très absent en ce moment), je doute de votre bon goût. J’ai acheté ce fromage au marché d’Amboise sur Alèthe, un vrai fromage, fait avec du vrai lait de vache, des vaches qui ont brouté de l’herbe verte ! 

         - Ah, parce que les autres fromages ne sont pas fabriqués avec du vrai lait !

         - C’est du lait mort ! Du lait pasteurisé. Il est tellement mort qu’on doit rajouter des ferments de laboratoire. 

         Monsieur le curé haussa les épaules et bouda, comme un enfant, en plissant très fort le front.

         - Allez, ne faites pas cette tête. J’ai aussi acheté des œufs bios ... 

         Monsieur le curé toussa.

         - Mais qu’est-ce qui vous prend ! Les œufs du Carrefour ne sont plus bons ? 

         - Le bio est meilleur, il respecte la nature, il respecte l’homme et l’animal, il respecte la vie ... Vous aimez respecter la vie, non ?

         - Et quoi, les œufs du Carrefour ne sont pas faits avec des vraies poules ? 

         - Si, mais ce sont des poules d’usine ...

         Gisèle tourna le dos au curé et sourit. Elle connaissait son homme de Dieu ; un mauvais caractère, une mauvaise foi (façon de parler !) crasse, mais un grand cœur. Elle continua : 

         - Je vous verse un petit café du Costa Rica, un café du commerce équitable ?

         Monsieur le curé maugréa : 

         - Hum ... Je veux bien ... Je reconnais qu’il est bon.

         - Vous devez admettre que si on ne réagit pas, nous finirons par ne manger que des produits d’usine ! 

         - Hum ...

         Gisèle regarda par-dessus son épaule et vit que monsieur le curé d’Amboise sur Alèthe goûtait le vrai Camembert. Il cessa de bouder. 

         - Donnez-moi une biscotte Gisèle !

         - Vous ne préférez pas du vrai pain ?

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            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

30/10/2007

Gisèle et Maddie

 

 

 

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         Je vais me promener. Monsieur le curé donne sa messe (seul, parce que personne n’est venu ce matin), alors j’en profite. Il ne sera pas là pour me dire : Gisèle, et si nous allions plutôt dans cette direction ? 

         Maintenant je vais où je veux. Il a beaucoup plu hier, mais ce qui ne m’a pas plu c’était d’apprendre que la petite Maddie (vous savez, la petite anglaise dont on ne parle presque plus – monsieur le curé prie tous les jours pour elle, enfin c’est ce qu’il dit, mais ça ne sert pas à grand chose) se promenait quelque part au Maroc en compagnie d’une vieille femme. Mais qu’est-ce qu’elle fait là-bas ? Sans ses parents ? Et comment elle est arrivée au Maroc ? Bon, elle a été enlevée, mais alors pourquoi elle se promène ? Ce n’est pas l’attitude d’une petite fille enlevée... Ou alors, la vieille femme lui fait croire des choses, et on est prêt à croire aux belles choses (voyez, on essaye bien de croire en l’existence de Dieu). Des choses comme ; on va bientôt arriver et tu retrouveras tes parents ou, encore un petit effort ma chérie et tu rencontreras l’homme le plus gentil du monde, plus gentil encore que ton papa, ... On fait croire ce qu’on veut aux enfants. Suffit de leur promettre un monde merveilleux et ils foncent tête baissée vers l’autre coin de la rue.

         Justement, je tourne le coin. Il est six heures du matin. Il a beaucoup plu hier et les feuilles mortes commencent à former de la mélasse le long des trottoirs.

         On est bien à Amboise sur Alèthe. C’est un joli petit village. Même la mélasse des feuilles mortes est belle à regarder, et surtout ça sent la terre humide et le champignon. Par contre, on ne sent pas le monde vivre, tourner, grandir et bousculer les idées reçues, et des idées reçues il y en a autant que les feuilles mortes à Amboise sur Alèthe. Suffit de voir monsieur le curé donner sa messe tout seul dans son église. Ne rien changer, même ce qui ne marche plus...

 

 

 

 

 

          Patrick Ringal

 

  cequejevois@hotmail.com

 

 

09/09/2007

La meute

 

 

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         Bon, ben moi je ne voudrais pas être juré, ni même le bon Dieu (si bon que ça ?), et encore moins Kate McCann... 

         Monsieur le curé lui, prie. Et il ne faut pas le déranger ce matin. Monsieur le curé ne veut pas porter de jugement. Disons qu’il prie pour trouver le chemin de la lumière et qu’il ne dira pas le fond de sa pensée tant que le courant ne sera pas remis...

         Ce n’est pas comme les habitants d’Amboise sur Alèthe. Ils sont convaincus que la maman de la petite Maddie est coupable. On ne parlait que de ça au marché de vendredi. 

         Je vous l’avais dit, cette femme n’est pas franche !

         Elle n’a pas d’émotion dans le regard. Et puis, trop maigre. 

         Moi, je les sens ces gens-là. Comme les chiens. Je sens la culpabilité. Je sens la mort. Je vois la mort dans son regard à Kate.

         C’est qu’elle est huée aujourd’hui. 

         Les Anglais roulent bien à gauche, alors pourquoi elle n’aurait pas tué sa fille ?

         On est reparti dans une longue affaire, un peu à la manière de l’affaire Grégory en France. Va y avoir de ces rebondissements, comme, euh... et bien inculper le couple ou, et bien, euh... ils vont quitter le Portugal et puis disparaître. Les chroniqueurs vont bien gagner leur vie !

 

 

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         Je vous le dis, je ne voudrais pas être juré. Je ne sais que penser. Si c’est elle, ou eux (parce que son mari serait complice alors), comment ils ont fait ? Je veux dire, comment on peut s’épancher dans la presse, dans le cœur des gens, dans les blogs ; répandre son émotion et convaincre le monde entier de sa douleur sans en éprouver de la gêne. Comment ne pas vivre de honte et de souillure de voir tant de gens se démener pour vous, prendre fait et cause, vous soutenir et tout le tintouin alors qu’on est coupable ? Faut aimer être à l’avant, faut l’aimer plus que tout, plus que sa propre fille... Et puis, comment ils ont fait disparaître la petite ? Et où ? Ils l’ont découpée en morceaux et c’est ce qu’ils mangeaient le midi au restaurant ? Non mais ! Ils l’ont emmurée ? Et la tache de sang ? Peut-être un autre meurtre ? Bien avant. Les McCann n’ont pas eu de chance, ils ont loué la chambre d’un autre meurtrier... 

         Mon Dieu que c’est compliqué ! Il ne faut pas aboyer avec la meute. Mais c’est tentant... Parce que je n’ai jamais aimé le comportement de Kate McCann. Allez savoir pourquoi ? Je me refuse à penser de telles choses ! Il ne faut pas Gisèle ! Reprends-toi ! Prends un fourré à la place, ou une madeleine !

         Monsieur le curé s’en remet à Dieu ! Que bien lui fasse ! Et ben tiens, il n’aura pas son café ce matin ! Il dit que si le Rat d’hiver (Benoit XVI) les a reçus en audience, c’est qu’ils ne sont pas coupables... Oui mais le Rat d’hiver se trompe sur tout ! C’est même un mauvais signe de les avoir reçus en audience... !

         Enfin, à mon avis on va encore beaucoup en parler ! C’est dommage qu’il n’y ait qu’un marché le vendredi...

 

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            Patrick Ringal

 

    cequejevois@hotmail.com

 

 

 

03/07/2007

Gisèle et le poisson

 

 

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        J’ai pris mon sac ce matin (le plus grand, celui dans lequel les poireaux entrent le plus facilement) et je me suis rendue au marché d’Amboise sur Alèthe. C’est le mardi chez nous. Quand je suis arrivée sur la place, le soleil a déchiré un ruban de nuage et m’a lancé un bonjour chaud et délicieux. Il y avait beaucoup de dames, quelques vieux messieurs, pas un seul enfant et des chiens qui suivaient la piste du mâle précédent. Alors, je me suis assise sur le banc. J’ai fait un signe de tête à Mme Certy et elle me l’a rendu. Ensuite c’est Louise Goessens qui est passée avec son sac à provisions déjà bien rempli (c’est une lève-tôt, pas comme monsieur le curé ! Il m’a encore fait sa tête des mauvais jours ce matin !). J’avais l’étal du poissonnier juste en face de moi, Monsieur Feriot. Il m’a salué en secouant au-dessus de sa tête la queue d’un merlan.

 

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           Je lui ai fait un petit signe de la main. Il paraît que les Belges mangent moins de poisson, enfin ce sont les flamands qui le disent (et c’est normal puisque ce sont eux qui pêchent le poisson, ou ce qu’il en reste ...), il paraît que le prix du poisson a augmenté, le pain aussi d’ailleurs, oh et puis, tout a augmenté... Il paraît que les Belges se ruent sur les surgelés ; surtout pour le cabillaud et les harengs, pour les crevettes aussi (ça, ça me semble étrange), pour les filets de colin également. Alors, j’ai bien observé le poissonnier dans son étal... Il vendait du poisson à tour de bras. D’ailleurs, si je ne me dépêchais pas, je n’en avais plus ! On faisait même la file, comme pour le poulet rôti. 

         Je ne sais pas où les flamands vont chercher tout ça ! Nous, on mange du poisson à Amboise sur Alèthe, mais les flamands ne savent pas que nous existons. Ils sont tout de même culottés, non ! Ils nous la pissent froid, mais ils aimeraient qu’on leur achète beaucoup de poisson... Et ben tiens, je vais acheter du hareng et du cabillaud norvégien. Je sais que Monsieur Feriot en a toujours avec lui. Et de la sardine bretonne !

         Je suis restée assise encore quelques minutes, disant bonjour ici et là, profitant des rayons du soleil, très généreux aujourd’hui.

         J’ai vu passer un jeune sur une moto. Il ne portait pas de casque et il zigzaguait dangereusement. Je crois qu’il avait bu, en tout cas, il n’avait pas les yeux en face des trous. J’ai eu peur pour lui, alors je lui ai adressé un discret signe de croix. J’ai demandé à St Thomas de lui donner une longue ligne de vie, pleine de santé et de bon sens, et surtout de manger beaucoup de poisson pas flamand !

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          Patrick Ringal

   cequejevois@hotmail.com

05/06/2007

De la soupe pour les Stones

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          Ma sœur Solange va aller écouter les Rolling Stones ce soir, enfin disons qu’elle va les écouter le soir, mais qu’elle part à midi, parce qu’il paraît qu’il va y avoir des embouteillages. Je n’en doute pas. Les autorités n’ont pas voulu mettre des trains supplémentaires de nuit ou je ne sais quoi. 

         Solange va écouter les Rolling Stones pour 80 euros ! Est-ce qu’elle se rend bien compte que c’est beaucoup d’argent ? On ne compte pas quand on aime, qu’elle dit. Est-ce qu’elle se rend bien compte que ça nous fait presque un mois de repas du soir à monsieur le curé et moi !

         - J’ai économisé pendant un an. Alors, je n’ai plus à compter, ni même à m’en faire, ni même à me culpabiliser ! Je fais ce que je veux de mon argent ! 

         - Mais oui ma petite sœur lesbienne !  (Rat d'hiver 24/04/07) Tu as bien raison !

         - Voir les Rolling Stones et puis mourir ! Tu te rends compte qu’ils vont être là, devant moi, sur scène, à quelques mètres ... 

         - Je crois que tu rêves un peu !

         - ... et que je pourrai peut-être toucher Mick Jagger ! Il a quelque chose de sexy, même pour une femme comme moi... 

         Je la laisse à ses illusions en priant pour qu’elles ne deviennent pas des cauchemars.

         Quand on aime on ne compte pas. 

         Monsieur le curé compte, lui, et pourtant il aime, enfin pas les Rolling Stones, et surtout pas le jeu de jambes du chanteur et encore moins les grimaces du singe (comme il l’appelle) ! non, il aime ses paroissiens, il aime son prochain, mais il compte. Je dois dire qu’il n’y a pas grand chose à compter ses derniers temps. C’est sans doute ce qui agace (pour rester polie) monsieur le curé ; ils vont remplir des stades et des plaines partout dans le monde avec leur musique et ramasser 437 millions de dollars, alors que lui ne glane que quelques euros (cinq, six, pas plus) à sa quête et encore, quand les deux premières rangées de chaises sont remplies ! Et bien moi je dis que c’est normal. Avec un pape comme le Rat d’hiver et ses paroles de vieux bigot, c’est pas demain qu’on aura besoin de cars supplémentaires pour déplacer les paroissiens !

         Bon, c’est pas le tout de se plaindre, il faut préparer la soupe de poireaux. 

         Et si j’en donnais à Solange pour qu’elle la remette à Mick Jagger, puisqu’elle va le voir ? Il ne doit pas être en bonne santé avec tout ce qu’il prend comme alcool et drogue, enfin je crois, c’est ce qu’on dit, non ? Les Rolling Stones ne risquent pas de passer à Amboise sur Alèthe ! Autant profiter de l’occasion.

         Et puis, tiens, je vais faire de la soupe de poireaux pour tout le groupe ! Sont vieux tout de même...

 

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           Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

28/05/2007

Orages pour le Standard

 

 

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         C’est dimanche. Je me suis levée tôt ce matin. J’ai enfilé un bon chandail parce qu’il faisait très cru et, avant de me prendre un café, j’ai été dans le jardin de la cure. Je voulais voir si les orages d’hier soir n’avaient pas arraché des branches ou pire, ouvert une brèche dans le mur du fond pour laisser passer une coulée de boue ! On voit tellement de choses à la télé. Mais ici, à Amboise sur Alèthe, ce n’est pas très vallonné alors je ne vois pas d’où pourrait venir la coulée de boue ? 

         Gisèle, tu as trop d’imagination ! Surtout la nuit.

         Vous avez vu cet orage hier soir, vers minuit ? Monsieur le curé s’est relevé (lui qui était si fatigué, je dirais épuisé nerveusement par la défaite du Standard) et il est venu frapper à ma porte. 

         - Vous entendez Gisèle ! Vous entendez ! Qu’est-ce que je vous avais dit ! Dieu est fâché ! Je savais qu’il était pour nous. J’espère qu’il va envoyer des trombes d’eau et des giclées de grêle sur Bruges !

         Je me suis levée et j’ai ouvert ma porte. Il se tenait devant moi, Dieu lui pardonne, en petite tenue, les mollets tout fins et les doigts de pieds recroquevillés comme des serres d’épervier. Il ne savait visiblement plus qui il était. 

         - Allons, calmez-vous, vous ne savez plus ce que vous dites !

         Je jurerais qu’il était toujours dans un cauchemar éveillé. Ces yeux étaient pareils à ceux d’une chouette (ma sœur Solange aurait dit : une chouette gueule de has been qui a fumé !). Je l’ai pris par la main et je l’ai ramené vers sa chambre. 

         - Il faut vous recoucher. Allons, demain c’est dimanche et vous avez une longue journée. Que diraient vos paroissiens s’ils vous voyaient dans cet état ?

         J’essayais de le gronder, mais il me faisait sourire. Pendant le match, il n’arrêtait pas de dire : 

         - Ce sont des gastéropodes ! Ils pataugent sur le terrain ! J’espère qu’une grande marée va les emporter au loin. Gisèle, vous allez m’enlever tout ce qui est rouge ici !

         Mais, monsieur le curé a finalement trouvé le sommeil (grâce au lait chaud que je lui ai préparé) et moi j’ai pu me recoucher. Je dois dire que j’ai tout de même bien remonté les couvertures et que je priais pour que la coulée de boue ne nous emporte pas ! Mon Dieu qu’est-ce que ça tonnait !

 

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         Et dire que tout ça c’est à cause du football...

 

 

 

 

 

 

 

        Patrick Ringal

 

   cequejevois@hotmail.com

 

 

11/05/2007

Opétation Archange

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        J’ai terminé mes courses. Je ne me suis pas foulée. Monsieur le curé mangera du riz avec du jambon et point final. Pas de légumes aujourd’hui. Je n’ai pas envie de peler. 

         Par contre, j’ai envie de peler un oignon avec lui. J’ai envie de lui enlever quelques couches qui me mettent en rage.

         Nous étions au petit déjeuner. Il buvait son café commerce équitable, en le faisant glouglouter entre ses lèvres pour en tirer toute la saveur, tout en me disant qu’il était content que le rat d’hiver se rende en Amérique latine, au Brésil, pour une visite de quelques jours, sous la protection de 10 000 hommes commandés par l’armée ! Opération de sécurité baptisée : « Opération Archange ». Une visite pour essayer de calmer la fuite des brebis égarées. Elles se tournent toutes vers les pentecôtistes qui chantent et croient dans le pouvoir miraculeux du Saint Esprit ! Le Saint-Esprit est merveilleux, mais il faut que nous gardions nos pauvres. Notre église à besoin de ses pauvres. Nous sommes là pour les aider, leur donner de l’espoir et les écouter. 

         Les écouter ! Excusez-moi de vous dire ça de grand matin, mais pour bien les écouter, il faudrait peut-être ouvrir vos églises la nuit !

         Non mais vous vous rendez compte de ce que vous dites monsieur ! 10 000 hommes rien que pour le protéger ! C’est ça que vous appelez un message d’espoir. Dieu ne pourrait pas le faire ? Rat d’hiver va essayer de ramener les pauvres vers l’église, mais ça va coûter combien ce voyage ? Hein ? C’est qu’il faudra les nourrir tous ces hommes. Il faudra les habiller, les transporter, les faire voyager d’un point à un autre, les loger … Ils vont loger dans les bidonvilles ? Je vous le demande monsieur le curé. Et puis, pourquoi il faut tellement le protéger Benoit XVI ? Qu’est-ce qu’il a fait de si mal pour que déjà on déplace 10 000 hommes pour sa sécurité ? C’est sans doute que là-bas ils n’ont pas encore compris ses messages sur l’avortement, le contrôle des naissances, l’homosexualité, les valeurs familiales, non, ils n’ont pas compris, eux qui vivent dans la violence, la drogue et l’alcool. Allez dire ça à ces adolescentes enceintes qui habitent sous des bâches en plastiques ! Et puis voyez son regard, vous y croyez vous à sa Sainteté !

 

                                                                             

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         Calmez-vous Gisèle, notre Saint-Père pourrait ne pas vous recommander à Dieu dans ses prières. 

         Je dis ce que je pense !

         On ne pense pas chez nous Gisèle, vous le savez, on écoute …

         C’est que ça doit faire du potin 10 000 hommes qui arment leur fusil !

 

 

 

 

               Patrick Ringal

 

        cequejevois@hotmail.com

 

 

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